JCP – Marseille – 21 novembre 2024 - RG 23/05769


Date de la décision : 09/12/2025
Juridiction : Tribunal Judiciaire de Marseille
Numéro RG : 23/05769
Catégorie : Procédures d'expulsion > Squat d'habitation > Le propriétaire est une personne morale (public, entreprise, hlm) > Juridictions > Juge des Contentieux de la Protection - JCP / Cour d'Appel - CA > Délais supplémentaires - "Renouvelables"
Procédures d'expulsion > Squat d'habitation > Le propriétaire est une personne morale (public, entreprise, hlm) > Juridictions > Juge des Contentieux de la Protection - JCP / Cour d'Appel - CA > Indemnités d'occupation
Procédures d'expulsion > Squat d'habitation > Le propriétaire est une personne morale (public, entreprise, hlm) > Juridictions > Juge des Contentieux de la Protection - JCP / Cour d'Appel - CA > S'ajouter dans une procédure - Intervention volontaire
Procédures d'expulsion > Squat d'habitation > Le propriétaire est une personne morale (public, entreprise, hlm) > Juridictions > Juge des Contentieux de la Protection - JCP / Cour d'Appel - CA > Voie de fait
Mots clés : dégradation dégradations délai délais de grùce indemnités intervention volontaire voie de fait


ProcĂ©dure : demande d’expulsion au Tribunal Judiciaire de Marseille

Propriétaire : Ville de Marseille
Composition des habitantes : 8 adultes et 4 enfants
Demandeur / défendeur : défendeurs

Rapport d’intervention de la police constatant l’occupation : 19 mai 2023
Assignation : 13 septembre 2023
Audience : 12 septembre 2024
Rendu de la décision : 21 novembre 2024

Résumé :
Les familles obtiennent les deux mois suivant le commandement de quitter les lieux et la trĂȘve hivernale (car la voie de fait n’est pas reconnue), ainsi que 6 mois de dĂ©lais.


     - Sur la voie de fait

La porte d’entrĂ©e a Ă©tĂ© dĂ©murĂ©e (ce qui est une dĂ©gradation). Mais rien ne prouve que ce soit les habitantes actuelles qui l’aient fait : la voie de fait ne leur est pas imputable. Le seul fait d’occuper un bĂątiment n’est pas une voie de fait. Donc, la voie de fait n’est pas reconnue !

«  Or, il appartient Ă  la Ville de MARSEILLE de dĂ©montrer que les occupants ont eux-mĂȘmes ouvert la porte par effraction ou dĂ©gradations et donc de rapporter la preuve d’actes de ce type, imputables aux occupants.

En l’espĂšce, cette preuve n’est pas rapportĂ©e, aucune dĂ©gradation ne pouvant ĂȘtre imputĂ©e de façon incontestable au dĂ©fendeurs.

La voie de fait ne saurait dĂšs lors ĂȘtre retenue Ă  l’encontre des dĂ©fendeurs dans la mesure oĂč une voie de fait ne peut rĂ©sulter que de la seule occupation sans droit, ni titre des lieux. »



     - Sur les dĂ©lais :

Le propriĂ©taire ne donne aucune date pour son projet pour le bĂątiment, les enfants sont scolarisĂ©s, les familles ont un accompagnement administratif et social, aucun relogement n’est possible. Les habitantes obtiennent 6 mois de dĂ©lais.

Le juge rappelle que le contrĂŽle de proportionnalitĂ© entre le propriĂ©taire et les occupantes est fait pour dĂ©terminer les modalitĂ©s de l'expulsion (mesure pour mettre fin au trouble : expulsion immĂ©diate, expulsion avec dĂ©lais complĂ©mentaires...). Ce n'est donc pas au moment oĂč la juge dĂ©termine qu'il y a une situation d'occupation sans titre (= illicĂ©itĂ© manifeste). Le juge peut et doit opĂ©rer ce contrĂŽle de proportionnalitĂ© quant il n'y a rien qui supprime les dĂ©lais automatiquement (voie de fait, manoeuvre,...), comme ici.


« Par ailleurs, le contrÎle de proportionnalité auquel le juge des référés est tenu ne s'opÚre pas au stade de la détermination de l'illicéité manifeste du trouble invoqué laquelle conditionne la compétence du juge des référés mais au stade de la détermination et de l'opportunité de la mesure adoptée pour y mettre fin.

Ce contrÎle de proportionnalité peut se manifester dans le choix des modalités qui peuvent assortir la mesure.

(...)

 Il n’est en outre pas contestĂ© qu’aucune solution d’hĂ©bergement ne s’offre dans l’immĂ©diat aux dĂ©fendeurs alors que leur situation apparaĂźt non conforme au respect de leur vie privĂ©e et familiale protĂ©gĂ©e par l’article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertĂ©s.

Il s’en dĂ©duit qu’une expulsion immĂ©diate aurait des consĂ©quences humaines disproportionnĂ©es par rapport au droit de propriĂ©tĂ© protĂ©gĂ© et qu’il convient notamment, en application de l’article 3-1 de la Convention relative aux droits de l’enfant de New York, de veiller Ă  ce que les mineurs puissent poursuivre leur scolaritĂ© et Ă  ce que le suivi social entrepris soit poursuivi. 

(...)

La Ville de MARSEILLE ne donne aucune précision quant la date de réalisation de son projet Plan Ecole tendant à la réhabilitation du groupe scolaire.


En outre, compte tenu de l'intĂ©rĂȘt supĂ©rieur des enfants mineurs vivant dans les lieux avec leur famille, compte tenu Ă©galement de l'absence totale de solution de relogement Ă  court terme, la preuve est suffisamment rapportĂ©e de la rĂ©union des conditions prĂ©vues aux articles L412- 3 et L412-4 du code des procĂ©dures civiles d'exĂ©cution susvisĂ©s, ce qui conduit Ă  octroyer Ă  un dĂ©lai supplĂ©mentaire de 6 mois pour quitter les lieux Ă  compter de la signification de la prĂ©sente ordonnance. »


     - Sur l’indemnitĂ© d’occupation

Le propriétaire demandait 720 euros aux habitantes. La juge rejette :

« La Ville de MARSEILLE ne verse cependant aux dĂ©bats aucune piĂšce justifiant le montant de l’indemnitĂ© d’occupation qu’elle sollicite. »

Assignation :

Un procĂšs est engagĂ© contre toi, tu es « assignĂ© Ă  comparaĂźtre » et ça veut dire que le tribunal te demande de te rendre Ă  une audience. Il s’agit donc d’une action, mais aussi d’un document que tu reçois en main propre de l’huissier.e. Si jamais tu es absent.e, tu reçois un courrier de l’huissier.e qui t’informe que le document est disponible Ă  son cabinet. C’est assez important d’obtenir ce document, sans lequel tu peux ne pas savoir quel est le jour de ton procĂšs, et donc le louper.
Tu peux en voir un exemple ici


Dégradations :
Le fait de dĂ©tĂ©riorer de façon volontaire ou non un bien. La peine encourue augmente si le bien est protĂ©gĂ© (classĂ© au patrimoine par exemple). 

Délai de grùce :
Un dĂ©lai de grĂące est une pĂ©riode dĂ©finie donnĂ©e par une juge afin d'accorder plus de temps Ă  l'occupant du logement en vue de le libĂ©rer intĂ©gralement. Il est dĂ©terminĂ© par l'article 412-3 du Code de procĂ©dure civile. 
Ce dĂ©lai fait suite Ă  la remise du commandement Ă  quitter les lieux. Dans un dĂ©lai de deux mois, on peut saisir le juge par voie de requĂȘte ou d'assignation pour demander un dĂ©lai supplĂ©mentaire, de 1 mois Ă  1 ans. 
A noter :  la saisine du juge ne suspend pas la procĂ©dure d’expulsion.

Entrée par voie de fait :
L'entrĂ©e par voie de fait est le fait d'entrer dans un bĂątiment de façon illĂ©gale. Hormis si la porte Ă©tait ouverte, quasiment toute autre façon d'entrer peut tomber sous le coup de cette appellation. Lors d'un jugement pour squat, la preuve de la voie de fait est Ă  apporter par le propriĂ©taire. 

Intervention volontaire :
L'intervention volontaire est le fait pour une personne qui jusqu'alors Ă©tait restĂ©e Ă©trangĂšre Ă  un procĂšs en cours, mais qui estime devoir protĂ©ger ses intĂ©rĂȘts, puisse devenir une partie dans cette procĂ©dure. Elle doit alors justifier d'un intĂ©rĂȘt Ă  agir. Par exemple, elle s’est installĂ©e dans le squat aprĂšs que la procĂ©dure d’expulsion est Ă©tĂ© lancĂ©e et souhaite y apparaĂźtre pour se dĂ©fendre.