TA - Bordeaux - 5 aout 2024 - N°2404629


Date de la décision : 05/08/2024
Juridiction : Tribunal Administratif Bordeaux
Numéro RG : 2404629
CatĂ©gorie : ProcĂ©dure d'expulsion par arretĂ© prĂ©fectoral (art-38 loi dalo) > Le propriĂ©taire est une personne morale (public, entreprise, hlm) > ArrĂȘtĂ© expulsion 7 jours
Mots clés : 7 jours article 38 DALO référé


ProcĂ©dure : demande de suspension de l’exĂ©cution de l’arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral mettant en demeure plusieurs familles de quitter un immeuble dans un dĂ©lai de 7 jours (article 38 loi DALO du 5 mars 2007) sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative (rĂ©fĂ©rĂ©-suspension).

Demandeur / Défendeur : Demandeur

Date de l'arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral : 17 juillet 2024, notifiĂ© le 2 septembre 2025

Date de saisine du TA : 23 juillet 2024

Date de l’audience : 2 aoĂ»t 2024

Propriétaire : Société gestionnaire pour le compte du ministÚre des armées

RĂ©sumĂ© de la dĂ©cision : Suspension de l’expulsion !

  • Sur l’urgence : La prĂ©fecture a accordĂ© (plusieurs jours aprĂšs l’arrĂȘtĂ©) des nuitĂ©es d’hĂŽtel Ă  certaines occupantes mais pas Ă  toutes. Ce qui caractĂ©rise l’urgence de la situation (une des conditions du rĂ©fĂ©rĂ©-suspension).


« (
) la dĂ©cision contestĂ©e mettant en demeure les occupants de quitter les lieux sous peine d'ĂȘtre expulsĂ©s avec le concours de la force publique au terme d'un dĂ©lai de sept jours Ă  compter de la notification de la dĂ©cision, par une dĂ©cision du prĂ©fet qui peut intervenir Ă  tout moment, est susceptible de prĂ©judicier de maniĂšre grave et immĂ©diate Ă  la situation des personnes qui en sont l'objet, dont il n'est pas contestĂ© qu'elles ne disposent d'aucune solution d'hĂ©bergement, la prĂ©fecture ayant seulement, en date du 23 juillet 2024, soit six jours aprĂšs l'Ă©diction de l'arrĂȘtĂ© litigieux, rĂ©servĂ© des nuitĂ©es d'hĂŽtel pour X et non pour les autres requĂ©rants, dont l'une, Y se trouve en situation rĂ©guliĂšre sur le territoire français et dont certains, notamment W, sont parents d'enfants mineurs. »


  •  Sur la lĂ©galitĂ© de l’arrĂȘtĂ© : La prĂ©fecture n’a pas pris en considĂ©ration la situation personnelle des occupantes (obligation faite par le Conseil Constitutionnel). De plus, il y a un doute sur le mandat dont dispose le propriĂ©taire pour demander la mise en demeure la prĂ©fecture.

« En second lieu, les moyens tirĂ©s de la mĂ©connaissance des dispositions du premier alinĂ©a de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 visĂ©e ci-dessus, qui prĂ©voient que le propriĂ©taire du local Ă  usage d'habitation occupĂ© peut demander au reprĂ©sentant dans le dĂ©partement de mettre en demeure l'occupant de quitter les lieux, et de la mĂ©connaissance du troisiĂšme alinĂ©a de cet article, en vertu desquelles le prĂ©fet doit ĂȘtre en mesure de justifier que sa dĂ©cision de mise en demeure a Ă©tĂ© prise « aprĂšs considĂ©ration de la situation personnelle et familiale de l'occupant» se rĂ©vĂšlent, en l'Ă©tat de l'instruction, propres Ă  susciter un doute sĂ©rieux quant Ă  la lĂ©galitĂ© de l'arrĂȘtĂ© en litige. »
38 DALO (article) :
L’article 38 DALO permet de solliciter le PrĂ©fet afin de procĂ©der Ă  une expulsion administrative (sans juge) des lieux squattĂ©s constituant un domicile ou un local Ă  usage d’habitation.
Si elle fait l’économie de la procĂ©dure juridique classique, cette procĂ©dure
n’autorise pas pour autant la police Ă  venir dĂ©loger les occupantes sans prĂ©venir.
 
Il y a deux applications de l’article 38 DALO : 
  • Le DALO 24h
qui s’applique en cas de squat de domicile. Le propriĂ©taire est capable de prouver qu’il s’agit de sa rĂ©sidence (principale, secondaire ou occasionnelle) ou que le logement est meublĂ©. Il y a alors 24h minimum avant l’expulsion et le recours est non suspensif (ça veut dire que ça n’interrompt pas la procĂ©dure en cours, tu peux toujours te faire expulseer pendant que tu essaies de faire annuler la dĂ©cision). 
 
  • Le DALO 7 jours
Qui s’applique en cas de squat d’un local Ă  usage d’habitation (lorsque le propriĂ©taire ne peut pas prouver qu’il s’agit d’un domicile). Il y a 7 jours minimum avant expulsion et le recours est suspensif
 
Normalement, le prĂ©fet doit prendre en considĂ©ration la situation des personnes. Une mise en demeure de quitter les lieux est dĂ©livrĂ©e. 
Dans cette situation, on peut tenter un référé suspension auprÚs du Tribunal Administratif (cf le tuto "Survivre à un DALO 7 jours. Un guide en 6 étapes")

Préfet :
Il existe plusieurs prĂ©fets, de RĂ©gion ou de DĂ©partement. Ce sont des hauts fonctionnaires, dĂ©signĂ© par dĂ©cret par le PrĂ©sident de la RĂ©publique. Ils reprĂ©sentent l’Etat Ă  l’echelle locale, chargĂ© de faire appliquer les lois. Il est le chef de la police et de la gendarmerie sur son territoire. 
Il a le pouvoir de faire des requisitions, mais prĂ©fĂšre bien souvent celui de faire des expulsions. 
 
C’est lui qui est sollicitĂ© par les propriĂ©taires lorsqu’ils souhaitent activer le 38DALO. Il a alors 48h pour rĂ©pondre. Sa dĂ©cision, favorable ou non doit ĂȘtre motivĂ©e. 
 Il tranche plus largement sur les dĂ©marches administratives (il distribu les titres de sĂ©jours et dĂ©livres des OQTF...). 

Référé suspension :
Le RĂ©fĂ©rĂ© suspension est une demande au juge des rĂ©fĂ©rĂ©s du tribunal administratif de suspendre l'exĂ©cution des effets d'un acte administratif (par exemple une decision de justice de ce mĂȘme tribunal), partiellement ou en totalitĂ©.  Ce rĂ©fĂ©rĂ© a lieu avant que ne soit statuĂ© "au fond" sur la lĂ©galitĂ© de cet acte. La personne doit justifier de l'urgence de sa demande. 

Tribunal Administratif (TA) :
Concerne les bĂątiments Ă  usage public et/ou les recours contre les expulsions Ă  l'aide de l'article 38 DALO (expulsion avec arrĂȘtĂ© 24h ou 7 jours) et/ou les recours contre l'octroi du concours de la force publique.