Squat d’un domicile (DALO 24h)
Squat d’un local à usage d’habitation (DALO 7 jours)
L'arrêté, c'est un papier à en-tête de la préfecture qui va avoir pour titre : Arrêté n° 1312/1312 portant mise en demeure de quitter les bâtiments ou quelque chose du même style. Tout un tas d'articles de loi sont cités et il y a ensuite plusieurs articles, qui disent, en gros, les occupant.es ont 7 jours pour quitter les lieux, si les lieux sont pas vides dans 7 jours, on pourra les expulser en faisant usage de la force, des recours sont possibles, etc ... Déjà, premier point important, le décompte des 7 jours commence à la notification/l'affichage de l'arrêté, pas au moment où il a été signé. Attention ! Il est déjà arrivé qu'une compte les 7 jours à partir de la date de signature, mais ça reste illégal.
Ensuite, c'est important de comprendre comment la préfecture justifie sa décision : elle fait probablement référence à des dépôts de plainte, des constats d'huissiers ou des procès verbaux de keufs. La préfecture se base sur ces papiers pour justifier la présence d'une voie de fait. Tu as peut-être déjà accès à certains de ces papiers (dans l'assignation si ton squat a été assigné, dans les constats d'huissiers qui t'ont étés remis, ...). Dans ce cas là, faut bien les lire, relever les arguments qui permettent à la préfecture de justifier la voie de fait, et voir comment on peut les contredire. La préfecture doit apporter des éléments matériels de l'existence d'une menace, manoeuvre, voie de fait ou contrainte. Par exemple : une alarme qui sonne c'est pas un signe de l'introduction dans le bâtiment, c'est un signe de présence dans le bâtiment. Dans les autres éléments qu'on peut mettre pour déposer son recours, on peut dire que le bâtiment n'a pas d'usage d'habitation, soit parce qu'il avait une autre utilité, soit parce que ça fait longtemps qu'il n'est plus utilisé.
Ensuite, il faut aller déposer un recours devant le tribunal administratif de ton département. Le recours possible contre le 38 DALO est un recours pour excès de pouvoir (autrement appelé recours en annulation) devant le tribunal administratif. Ce recours doit être accompagné d’une demande de suspension de la décision concernée, qu'on apelle un référé suspension.
Y'a deux possibilités, soit tu le fais avec un avocat, c'est probablement le plus simple, tu peux obtenir l'aide juridictionelle pour cette procédure, mais si ça te branche tu peux aussi déposer ce recours toi même. Avocat ou pas, le mieux c'est d'aller au greffe du tribunal avec le papiers suivants : une copie de l'arrêté, un argumentaire sur lequel tu soulèves les premiers arguments que tu as contre le 38 DALO, ainsi qu'un argumentaire pour demander la suspension de l'arrêté.
Le recours se passe ensuite en deux parties : il y aura d'abord une audience de référé suspension (dans un délais assez court), pour décider de suspendre ou non le 38 DALO jusqu'à l'audience du recours pour excès de pouvoir (qui, elle, arrive souvent bien plus tard, plus d'1 an après en Ile-de-France par exemple).
A partir du moment ou tu déposes la demande de suspension, l'arrêté DALO 7 jours est temporairement suspendu jusqu'à l'audience de référé suspension. Il y a quand même des exemples de squats qui se font expulser malgré la demande de suspension.
Vu les délais des audiences au fond (environ 1 an), gagner le recours en annulation est donc le plus important si on veut garder sa maison. Pour qu’une suspension soit accordée par le tribunal administratif, il faut remplir deux conditions :
1) que l'urgence justifie la suspension.
2) « qu’il est fait état d’un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision » (article 521-1 code de la justice administrative).
Une fois que le recours est déposé, la préfecture va normalement joindre un document avec toutes les pièces qu'elle cite dans l'arrêté, ou plutôt avec toutes les pièces qui lui ont permis de prendre sa décision. On peut se baser sur ces pièces pour comprendre comment la préfecture justifie la voie de fait, et ainsi, démonter ces arguments.
Pour les doutes relatifs à la légalité du 38 DALO, il est possible d’argumenter avec les 4 points ci-dessous.
La préfecture n’a le droit d’expulser avec le 38 DALO que si les occupant.es se sont introduites dans le bâtiment à l’aide de menaces, manoeuvre, voie de fait, contrainte. Et il faut que la préfecture justifie l’existence d’une menace, d’une manoeuvre, d’une voie de fait ou d’une contrainte. Elle n’a théoriquement pas le droit de dire : « ah bah si ce sont des occupant.es sans droit ni titre c’est bien qu’iels sont rentré.es par voie de fait ou manoeuvre ».
Et la préfecture doit aussi rattacher la voie de fait aux occupant.es du squat : si elle ne le fait pas, c'est aussi un argument à soulever. Malheureusement les préfectures sont rarement en manque d’imagination pour trouver des voies de fait, manoeuvres… Ça vaut toujours le coup d’essayer de les démonter !
Le terme « usage d’habitation » n’a pas de définition claire. Des jurisprudences ont déjà montré qu’un bâtiment d’habitation voué à la destruction ne peut pas être considéré comme un bâtiment à usage d’habitation :
Cette même jurisprudence précise bien :
Les préfectures prennent aussi parfois des arrêtés sur des bâtiments qui n'ont rien à voir avec des bâtiments d'habitation, genre des bats hospitaliers (dans ce cas, c'est grave bénef).
La préfecture doit mettre en demeure les occupant.es seulement après avoir pris « considération de la situation personnelle et familiale de l’occupant », ça veut dire qu’elle est censée ajuster le délai avant expulsion en fonction de la situation de l’occupant-e. Les préfectures le font rarement, c’est un bon argument à jouer. Le conseil constitutionnel a expliqué, dans une décision de mars 2023, qu’il était nécessaire pour le préfet de prendre en considération la situation personnelle de l’occupant.e avant de lea mettre en demeure :
De plus, dans son avis sur la loi Kasbarian, il expliquait aussi qu’il était possible pour le préfet de ne pas engager la mise en demeure au vu de la situation de l’occupant.e. Cet argument a déjà permis de suspendre des arrêtés de 38 DALO :
Pour justifier de l’urgence, il est possible de souligner que la décision va expulser des personnes de leur lieu de vie, et porte une atteinte grave et immédiate à leur situation personnelle. Selon des jurisprudences, l'urgence est justifiée par le seul fait du risque d'expulsion et de l'absence de relogement :
La préfecture, c'est pas n'importe quel adversaire : elle a par exemple accès à de très nombreuses informations sur la situation des personnes sans papiers et peut s'en servir pour contredire les éléments de défense (en soulignant par exemple que telle personne a refusée une proposition de mise à l'abri). Par ailleurs, pour les personnes sans papiers, il est possible que la préfecture ralentisse/complique l'accès à des papiers si elle sait qu'une personne a fait des recours contre ses arrêtés.
Dans un délai assez court après l'audience, lea juge va rendre sa décision : si iel estime qu'il y a urgence et qu'il y a doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté, celui-ci sera suspendu. Attention ! Si le juge estime qu'il n'y a pas d'urgence, il n'a même pas besoin de se prononcer sur la légalité de l'arrêté : appuyer sur l'urgence est donc très important.
On est jamais allé.es aussi loin dans la procédure, on a donc pas grand chose à dire dessus. Hésitez pas à tenir au courant si vous attteignez ce stade : cajo@squat.net