TA - Lille - 9 janvier 2026 - N°2512056


Date de la décision : 09/01/2026
Juridiction : Tribunal Administratif de Lille
Numéro RG : 2512056
CatĂ©gorie : ProcĂ©dure d'expulsion par arretĂ© prĂ©fectoral (art-38 loi dalo) > Le propriĂ©taire est une personne morale (public, entreprise, hlm) > ArrĂȘtĂ© expulsion 7 jours
Mots clĂ©s : 7 jours arrĂȘtĂ© article 38 DALO prĂ©fecture rĂ©fĂ©rĂ©


ProcĂ©dure : demande de suspension de l’exĂ©cution de l’arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral mettant en demeure une famille de quitter un logement dans un dĂ©lai de 7 jours (article 38 loi DALO du 5 mars 2007) sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative (rĂ©fĂ©rĂ©-suspension).

Demandeur / Défendeur : Demandeur

Constat d’occupation : 6 octobre 2025

Date de l'arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral : 25 novembre 2025

Date de la saisine du TA : 1er décembre 2025

Date d’une premiĂšre ordonnance de tri (rejet) : 8 dĂ©cembre 2025 (dĂ©faut d’urgence
)

Date de la 2eme saisine du TA : 10 décembre 2025

Date de l’audience : 18 dĂ©cembre 2025

Propriétaire : LMH (bailleur HLM de Lille)

RĂ©sumĂ© de la dĂ©cision : Suspension de l’expulsion !!! Suite Ă  une premiĂšre dĂ©cision de rejet, la famille occupante a dĂ©posĂ© un nouveau rĂ©fĂ©rĂ©-suspension devant le Tribunal Administratif, et cette fois, elle a eu gain de cause ! Elle a pu faire un nouveau rĂ©fĂ©rĂ© car elle a apportĂ© de nouvelles piĂšces et que l’expulsion n’a pas eu lieu entre-temps.


  • Sur l’urgence : La juge estime que la situation dans laquelle se trouve la famille ne peut pas lui ĂȘtre entiĂšrement imputable car elle a appelĂ© le 115 tout les jours, sans n’avoir aucune solution. 


« 7. La dĂ©cision attaquĂ©e a pour effet de priver d’hĂ©bergement Mme XXX et ses trois enfants, ĂągĂ©s de 18, 15 et 10 ans. Il rĂ©sulte de l’instruction que les dĂ©marches quasi quotidiennes de Mme XXX pour accĂ©der Ă  un hĂ©bergement d’urgence dans le cadre du dispositif 115 n’ont jamais abouti et qu’elle n’a pu obtenir un hĂ©bergement dans une auberge de jeunesse que du 1er au 11 novembre 2025. Sa situation ne peut donc pas, contrairement Ă  ce que soutient le prĂ©fet du Nord en dĂ©fense, ĂȘtre regardĂ©e comme lui Ă©tant entiĂšrement imputable. DĂšs lors, la condition d’urgence doit ĂȘtre regardĂ©e comme remplie. »


  •  Sur la lĂ©galitĂ© de l’arrĂȘtĂ© : La prĂ©fecture n’a pas pris en considĂ©ration la situation personnelle des occupantes (obligation faite par le Conseil Constitutionnel). Notamment le fait que la famille demande un hĂ©bergement d’urgence depuis septembre et qu’elle n’a pas pris en compte la situation mĂ©dical de la mĂšre.

« 10. En l’état de l’instruction, le moyen tirĂ© de ce que la dĂ©cision contestĂ©e n’a pas Ă©tĂ© prise aprĂšs considĂ©ration de la situation personnelle et familiale des occupants est propre Ă  crĂ©er un doute sĂ©rieux quant Ă  la lĂ©galitĂ© de cette dĂ©cision. »
38 DALO (article) :
L’article 38 DALO permet de solliciter le PrĂ©fet afin de procĂ©der Ă  une expulsion administrative (sans juge) des lieux squattĂ©s constituant un domicile ou un local Ă  usage d’habitation.
Si elle fait l’économie de la procĂ©dure juridique classique, cette procĂ©dure
n’autorise pas pour autant la police Ă  venir dĂ©loger les occupantes sans prĂ©venir.
 
Il y a deux applications de l’article 38 DALO : 
  • Le DALO 24h
qui s’applique en cas de squat de domicile. Le propriĂ©taire est capable de prouver qu’il s’agit de sa rĂ©sidence (principale, secondaire ou occasionnelle) ou que le logement est meublĂ©. Il y a alors 24h minimum avant l’expulsion et le recours est non suspensif (ça veut dire que ça n’interrompt pas la procĂ©dure en cours, tu peux toujours te faire expulseer pendant que tu essaies de faire annuler la dĂ©cision). 
 
  • Le DALO 7 jours
Qui s’applique en cas de squat d’un local Ă  usage d’habitation (lorsque le propriĂ©taire ne peut pas prouver qu’il s’agit d’un domicile). Il y a 7 jours minimum avant expulsion et le recours est suspensif
 
Normalement, le prĂ©fet doit prendre en considĂ©ration la situation des personnes. Une mise en demeure de quitter les lieux est dĂ©livrĂ©e. 
Dans cette situation, on peut tenter un référé suspension auprÚs du Tribunal Administratif (cf le tuto "Survivre à un DALO 7 jours. Un guide en 6 étapes")

Préfet :
Il existe plusieurs prĂ©fets, de RĂ©gion ou de DĂ©partement. Ce sont des hauts fonctionnaires, dĂ©signĂ© par dĂ©cret par le PrĂ©sident de la RĂ©publique. Ils reprĂ©sentent l’Etat Ă  l’echelle locale, chargĂ© de faire appliquer les lois. Il est le chef de la police et de la gendarmerie sur son territoire. 
Il a le pouvoir de faire des requisitions, mais prĂ©fĂšre bien souvent celui de faire des expulsions. 
 
C’est lui qui est sollicitĂ© par les propriĂ©taires lorsqu’ils souhaitent activer le 38DALO. Il a alors 48h pour rĂ©pondre. Sa dĂ©cision, favorable ou non doit ĂȘtre motivĂ©e. 
 Il tranche plus largement sur les dĂ©marches administratives (il distribu les titres de sĂ©jours et dĂ©livres des OQTF...). 

Référé suspension :
Le RĂ©fĂ©rĂ© suspension est une demande au juge des rĂ©fĂ©rĂ©s du tribunal administratif de suspendre l'exĂ©cution des effets d'un acte administratif (par exemple une decision de justice de ce mĂȘme tribunal), partiellement ou en totalitĂ©.  Ce rĂ©fĂ©rĂ© a lieu avant que ne soit statuĂ© "au fond" sur la lĂ©galitĂ© de cet acte. La personne doit justifier de l'urgence de sa demande. 

Tribunal Administratif (TA) :
Concerne les bĂątiments Ă  usage public et/ou les recours contre les expulsions Ă  l'aide de l'article 38 DALO (expulsion avec arrĂȘtĂ© 24h ou 7 jours) et/ou les recours contre l'octroi du concours de la force publique.