TA - Toulouse - 24 juin 2026 - N°2604468


Date de la décision : 24/06/2026
Juridiction : Tribunal Administratif de Toulouse
Numéro RG : 2604468
CatĂ©gorie : ProcĂ©dure d'expulsion par arretĂ© prĂ©fectoral (art-38 loi dalo) > Le propriĂ©taire est une personne morale (public, entreprise, hlm) > ArrĂȘtĂ© expulsion 7 jours
Mots clés : 7 jours article 38 DALO préfecture


ProcĂ©dure : demande de suspension de l’exĂ©cution de l’arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral mettant en demeure plusieurs familles de quitter un logement dans un dĂ©lai de 7 jours (article 38 loi DALO du 5 mars 2007) sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative (rĂ©fĂ©rĂ©-suspension).

Demandeur / Défendeur : Demandeur (plusieurs familles avec des enfants)

Constat d’occupation : avril 2026

Date de l'arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral : 21 mai 2026

Date de la saisine du TA : 28 mai 2026

Date de l’audience : 12 juin 2026

PropriĂ©taire : UCRM – association qui fait de l’hĂ©bergement social (lieu mis Ă  disposition par Les Chalets – bailleur hlm)


RĂ©sumĂ© de la dĂ©cision : La prĂ©fecture se voit suspendre son arrĂȘtĂ© d’expulsion sous 7 jours !!!

  • Sur l’urgence : Le juge estime que les familles occupantes remplissent les conditions d’urgence. Bien qu’une famille ait refusĂ© une place en CADA, l’arrĂȘtĂ© d’expulsion concerne l’ensemble des habitantes. De plus, l’expulsion potentiel d’enfant justifie elle aussi de l’urgence.

A noter que les occupantes ont essayĂ© de faire reconnaitre une prĂ©somption d’urgence : 

« Ils [les occupants] soutiennent que : en ce qui concerne l’urgence : 
- les dispositions de l’article 38 de la loi du 5 mars 2007 instaurent un mĂ©canisme de prĂ©somption d’urgence au bĂ©nĂ©fice de l’occupant saisissant le juge des rĂ©fĂ©rĂ©s ; » (Voir conclusions du rapporteur public devant le Conseil d’Etat : CE, 14 novembre 2025, Mme D
, n° 504271)

« 6. L’arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral en litige, qui met en demeure indistinctement les occupants du bien occupĂ© de quitter les lieux sous peine d’ĂȘtre expulsĂ©s, au terme d’un dĂ©lai de sept jours Ă  compter de sa notification, par dĂ©cision du prĂ©fet qui peut intervenir Ă  tout moment et avec le concours de la force publique, est susceptible, du fait de son objet et de ses effets, de produire une situation irrĂ©versible. Le prĂ©fet de la Haute-Garonne, qui a produit en dĂ©fense, ne conteste pas la situation d’urgence exposĂ©e par les requĂ©rants en se bornant Ă  indiquer que ces derniers s’y seraient eux-mĂȘmes placĂ©s en pĂ©nĂ©trant sciemment dans un logement sans l’autorisation du propriĂ©taire et en faisant valoir que ceux-ci, qui ne constituent du reste qu’une partie des occupants, auraient reçu une proposition dans un CADA Ă  NĂźmes qu’ils auraient refusĂ© au prĂ©texte d’un suivi mĂ©dical non dĂ©montrĂ© Ă  Toulouse. Eu Ă©gard, en outre, qu’il rĂ©sulte de l’instruction que des enfants sont prĂ©sents dans les locaux, il y a lieu, dans les circonstances particuliĂšres de l’espĂšce, de considĂ©rer que la condition tenant Ă  l’urgence, au sens des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, est remplie. »


  •  Sur la lĂ©galitĂ© de l’arrĂȘtĂ© : La prĂ©fecture n’a pas pris en considĂ©ration la situation personnelle des occupantes (obligation faite par le Conseil Constitutionnel).

« 9. En l’état de l’instruction, les moyens selon lesquels l’arrĂȘtĂ© attaquĂ© est entachĂ© d’un vice de procĂ©dure au regard des dispositions de l’article 38 de la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable en l’absence d’un diagnostic social de la situation des occupants et est entachĂ© d’une erreur de droit et d’une erreur d’apprĂ©ciation, dĂšs lors que les conditions d’application de l’article 38 de la loi du 5 mars 2007 ne sont pas rĂ©unies, tels qu’ils ont Ă©tĂ© visĂ©s et analysĂ©s, sont propres Ă  crĂ©er un doute sĂ©rieux quant Ă  la lĂ©galitĂ© de la dĂ©cision en litige. »
38 DALO (article) :
L’article 38 DALO permet de solliciter le PrĂ©fet afin de procĂ©der Ă  une expulsion administrative (sans juge) des lieux squattĂ©s constituant un domicile ou un local Ă  usage d’habitation.
Si elle fait l’économie de la procĂ©dure juridique classique, cette procĂ©dure
n’autorise pas pour autant la police Ă  venir dĂ©loger les occupantes sans prĂ©venir.
 
Il y a deux applications de l’article 38 DALO : 
  • Le DALO 24h
qui s’applique en cas de squat de domicile. Le propriĂ©taire est capable de prouver qu’il s’agit de sa rĂ©sidence (principale, secondaire ou occasionnelle) ou que le logement est meublĂ©. Il y a alors 24h minimum avant l’expulsion et le recours est non suspensif (ça veut dire que ça n’interrompt pas la procĂ©dure en cours, tu peux toujours te faire expulseer pendant que tu essaies de faire annuler la dĂ©cision). 
 
  • Le DALO 7 jours
Qui s’applique en cas de squat d’un local Ă  usage d’habitation (lorsque le propriĂ©taire ne peut pas prouver qu’il s’agit d’un domicile). Il y a 7 jours minimum avant expulsion et le recours est suspensif
 
Normalement, le prĂ©fet doit prendre en considĂ©ration la situation des personnes. Une mise en demeure de quitter les lieux est dĂ©livrĂ©e. 
Dans cette situation, on peut tenter un référé suspension auprÚs du Tribunal Administratif (cf le tuto "Survivre à un DALO 7 jours. Un guide en 6 étapes")

Conseil Constitutionnel (CC) :
Le Conseil Constitutionnel se prononce sur la conformité des lois à la Constitution. Il peut censurer des lois votées au parlement, notamment s'il est saisi via une question prioritaire de constitutionnalité. (QPC) Les médias surnomment ses membres "les sages".

Référé suspension :
Le RĂ©fĂ©rĂ© suspension est une demande au juge des rĂ©fĂ©rĂ©s du tribunal administratif de suspendre l'exĂ©cution des effets d'un acte administratif (par exemple une decision de justice de ce mĂȘme tribunal), partiellement ou en totalitĂ©.  Ce rĂ©fĂ©rĂ© a lieu avant que ne soit statuĂ© "au fond" sur la lĂ©galitĂ© de cet acte. La personne doit justifier de l'urgence de sa demande. 

Tribunal Administratif (TA) :
Concerne les bĂątiments Ă  usage public et/ou les recours contre les expulsions Ă  l'aide de l'article 38 DALO (expulsion avec arrĂȘtĂ© 24h ou 7 jours) et/ou les recours contre l'octroi du concours de la force publique.