CA PP - Toulouse - 29 mai 2026 - RG 26/00050


Date de la décision : 29/05/2026
Juridiction : Cour d'Appel de Toulouse
Numéro RG : 26/00050
Catégorie : Procédures d'expulsion > Squat d'habitation > Le propriétaire est une personne morale (public, entreprise, hlm) > Procédures particuliÚres > Suspension de l'Exécution Provisoire - Saisi du Premier Président de la Cour d'Appel
Mots clés : Cour d'appel exécution provisoire mauvaise foi


ProcĂ©dure : demande d'arrĂȘt de l'exĂ©cution provisoire en rĂ©fĂ©rĂ© devant le Premier PrĂ©sident (PP) de la Cour d'Appel (CA) de Toulouse

Demandeur : un habitant

Défendeur : Commune de Toulouse

Assignation devant le JCP : 4 novembre 2025

Ordonnance de rĂ©fĂ©rĂ© : 5 fĂ©vrier 2026 (expulsion immĂ©diate mais maintien de la trĂȘve hivernale, donc expulsable Ă  partir du 1er avril 2026)

Appel de la dĂ©cision par l’habitant : 18 fĂ©vrier 2026

Assignation par l’habitant en rĂ©fĂ©rĂ© devant le Premier PrĂ©sident de la CA pour l'arrĂȘt de l'exĂ©cution provisoire : 25 mars 2026

Audience devant la Premier Président de la CA : 15 mai 2026


RĂ©sumĂ© : Le JCP a retenu la mauvaise foi sur la base de piĂšces non versĂ© aux dĂ©bats (la juge a mĂ©langĂ© deux dossiers de squats dont l’audience avait lieu le mĂȘme jour), et donc a supprimĂ© le dĂ©lai du commandement de quitter les lieux (2 mois).

Pour obtenir l’arrĂȘt de l’exĂ©cution provisoire (dans ce cadre-lĂ , l’expulsion du squat) il faut : un moyen sĂ©rieux d’annulation ou de rĂ©formation de la dĂ©cision du JCP ET des consĂ©quences manifestement excessives (voir : Tuto Toto : ArrĂȘt de l'exĂ©cution provisoire)


  • Sur le moyen sĂ©rieux d’annulation ou de rĂ©formation

Le Premier PrĂ©sident qui se base uniquement sur les piĂšces versĂ©es devant lui, et donc Ă  savoir, seul un constat d’un commissaire de justice trĂšs succin, estime que la prĂ©somption de bonne foi, donc tout le monde dispose, ne peut pas ĂȘtre retourner.

Il analyse ensuite les autres dispositions pour supprimer le dĂ©lai de deux mois du commandement : aucune voie de fait ne peut ĂȘtre imputable Ă  l’occupant. C’est au propriĂ©taire de dĂ©montrer la voie de fait et l’imputabilitĂ© des occupants. 

« En effet, l'examen des piÚces versées aux débats révÚle que le seul élément objectif produit se résume au procÚs-verbal de constat du 9 octobre 2025. Or, cet unique acte s'avÚre manifestement insuffisant pour renverser la présomption de bonne foi dont bénéficie le requérant, en l'absence de tout élément corroboratif. Aucune piÚce n'est ainsi rapportée quant à la chronologie de l'occupation des lieux ou à l'état de sécurité de l'immeuble. De surcroßt, rien ne permet de conclure que les traces de forcement constatées ont été causées par les occupants actuels et sont contemporaines à leur entrée dans les lieux. L'absence de version alternative de l'occupant ne saurait pallier la carence probatoire et le récit lacunaire du propriétaire. »


 
  • Sur les consĂ©quences excessives

Le juge estime, mĂȘme s’il n’y a pas de recherches de solution d’hĂ©bergement, qu’au vu de la situation de prĂ©caritĂ© de l’occupant, qu’une expulsion aurait des consĂ©quences manifestement excessives.

« S'agissant des consĂ©quences manifestement excessives, M. se prĂ©vaut de difficultĂ©s de relogement ainsi que d'une situation financiĂšre prĂ©caire. 

M. fait état de sa forte précarité économique et bien qu'il ne justifie pas de recherches d'autre solution, il convient de considérer que son expulsion, en l'absence de toute solution de relogement et au regard de sa vulnérabilité, présenterait des conséquences manifestement excessives au sens de l'article 514-3 précité. »

Commandement de quitter les lieux :

Suite Ă  ton procĂšs, le juge a Ă©tabli une date Ă  partir de laquelle tu deviens expulsable (« une date d’expulsabilitĂ© »). A la suite de cette dĂ©cision, tu devrais recevoir un commandement de quitter les lieux, qui donne gĂ©nĂ©ralement un dĂ©lai de 2 mois pendant lesquels tu ne peux pas ĂȘtre expulsĂ©.e. Parfois, ce document arrive dans la semaine qui suit la dĂ©cision du juge, parfois plus tardivement.

Comme l'assignation, l’huissier.e passe au squat pour remettre le document en main propre, si tu es abent.e, tu devras aller chercher ce document directement Ă  son Ă©tude.

Tu peux en voir un exemple ici


-A NE PAS CONFONDRE AVEC LA SOMMATION DE QUITTER LES LIEUX- : le commandement est une information sérieuse, contrairement à la sommation


Cour d'Appel (CA) :
La cour d’appel est une juridiction qui permet de demander Ă  ce qu’une affaire soit rejugĂ©e. Tu peux faire appel si toi, ou la personne contre qui tu Ă©tais en procĂšs, vous n’ĂȘtes pas d’accord avec la dĂ©cision de la juge de premiĂšre instance. La cour rend un « arrĂȘt », qui peut confirmer ou non la premiĂšre dĂ©cision, ou n’en confirmer qu’une partie, c’est qu’elle appelle “rĂ©former”  . AprĂšs un arrĂȘt de la cour d’appel, il reste une Ă©tape si on est toujours en dĂ©saccord (et qu’on peut payer) la cour de cassation. 
La cour d’appel n’est pas compĂ©tente pour les affaires administratives, pour cela il faut passer par la cour adminsitrative d’appel. Elle statue uniquement sur les affaires pĂ©nales et civiles. 
Il y a actuellement trente-six cours d'appel en France.

Huissier/Commissaire de Justice :
Un huissier est un auxilliaire de justice, c’est Ă  dire qu’il n’est pas magistrat mais il fait des missions pour la justice française. Il est chargĂ© de l'exĂ©cution forcĂ©e des dĂ©cisions de justice (par exemple : saisi de bien). Il est habilitĂ© Ă  constater ce qui se passe pour pouvoir lancer des procĂ©dures ou prĂ©venir de leur avancĂ©e. Il reprĂ©sente la justice et ce qu'il dit fait foi. 


Mauvaise foi :
 Le terme n'est pas clairement dĂ©fini dans la loi mais le juge peut considĂ©rer que tu es de mauvaise foi si tu squattes ou si tu ne paye plus ton loyer parce que tu sais que tu es dans une situation illĂ©gale . 
Pour certains juges, cette notion s’applique donc Ă  tous les squatteuses : elles connaissent la loi, et la violent en consĂ©quence. Pour d’autres tribunaux, cette notion s’applique si la personne n’est pas en mesure de prouver qu’elle a essayĂ© de se loger d’une autre façon, en faisant une demande de logement social par exemple. 

 Depuis la loi Kasbarian, cette caractĂ©risation permet au juge de se passer du dĂ©lai de deux mois aprĂšs avoir reçu un commandement de quitter les lieux.

Voie de fait :
En droit civil et en droit administratif, la “voie de fait” dĂ©signe un acte illĂ©gal portant atteinte aux droits de la personne ou aux libertĂ©s fondamentales. Dans notre cas, il s'agit de porter atteinte au droit de propriĂ©tĂ© qui a Ă©tĂ© revalorisĂ© par la loi Kasbarian. 
 
Si tu es occupant.e, tu peux ĂȘtre accusĂ©.e par dĂ©faut des dĂ©gradations qui ont permi de rentrer dans le batiment (c’est l’entrĂ©e par voie de fait) mĂȘme si rien ne prouve que c'est toi qui les a commises : effraction, vitre cassĂ©e, changement de serrure...